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    « Le Québec otage de ses alliés, Les relations du Québec avec la France et les États-Unis, ouvrage de Anne Légaré | Main | Mondialisation et diversité culturelle : enjeux pour l’identité québécoise »
    mardi
    juin152004

    Les enjeux de la mondialisation pour le Québec 

    Qu’entend-on par mondialisation?

    En termes généraux, la mondialisation est un processus qui réfère au fait de « devenir mondial, de se répandre dans le monde entier »(Petit Robert). Selon cette définition de base, tout rapport multi-frontalier devient, en quelque sorte, mondialisé. Ceci ne réfère donc pas à un phénomène nouveau : la mondialisation des échanges remonte à bien loin, presque au berceau de l’humanité, dans la Mésopotamie antique. Les historiens recensent, près de 2000 ans avant notre ère, des traces d’échanges entre le Croissant fertile (équivalent de l’Irak contemporain), le Couloir Syro-palestinien, le plateau iranien et, même, la Vallée de l’Indus! Plus près de nous, les expériences coloniales des XVIIIe et XIXe siècles ont également constitué des illustrations de la mondialisation. En effet, à l’époque du mercantilisme, les échanges commerciaux étaient extrêmement diversifiés, notamment en ce qui a trait à la recherche de matières premières (épices, métaux, tissus, etc). Rappelons-nous des raisons qui poussèrent les Européens à découvrir l’Amérique!

    Cependant, le sens qu’on accorde aujourd’hui à la mondialisation est empreint d’une tout autre connotation politique. Les scientifiques la définissent comme un concept de relations internationales « décrivant l’État du monde contemporain marqué en même temps par un renforcement des interdépendances et des solidarités, par le désenclavement de l’État et des espaces régionaux et par une uniformisation des pratiques et des modèles sociaux à l’échelle de la planète »1. À cet égard, la définition employée par le Gouvernement canadien est assez évocatrice : « intégration des marchés internationaux résultant des progrès des communications et des transports, de la libéralisation des échanges et de l'arrivée de nouveaux concurrents dynamiques dans les pays en développement »2. Au Canada, on réfère donc à la mondialisation des échanges en termes de compétitivité marchande. D’autres pays, comme la France, vont privilégier l’emploi du terme globalisation pour marquer cette différence entre la mondialisation de type général (c’est-à-dire des rapports internationaux multiples) et ce qui est caractéristique de la dernière décennie en termes d’accélération technologique des échanges marchands.

    Il semble que la chute du mur de Berlin en 1989, et l’effondrement de l’idéal communiste qui s’ensuivit, amenèrent le libéralisme économique dont l’abolition des barrières douanières, le laisser-faire et la rupture d’avec l’État-providence en restent les principales caractéristiques. L’accélération du rythme de ces échanges, appelée courbure de l’espace-temps par les experts, reste tributaire d’une nouvelle façon de concevoir l’espace commun de citoyenneté. Ainsi, la gouvernance, soucieuse de s’adapter à l’univers mondialisé, prend des formes nouvelles, ce qui a pour conséquence de déplacer les lieux de prise de décision à une échelle toujours plus internationalisée. Par exemple, la participation à des accords multilatéraux  (OMC, GATT, ALÉNA, ZLÉA) change le mode de réglementation auquel doivent désormais se référer les législateurs. Il devient donc de plus en plus difficile de prendre des décisions sans considérer ces interdépendances. C’est ainsi que l’on parle désormais de néo-libéralisme afin d’inscrire ce nouveau cadre de référence dans lequel les États interviennent pour régir des accords de principes sur des thèmes particuliers ainsi que des traités économiques mais en évitant de s’introduire directement dans l’économie nationale.

    Pourquoi la mondialisation touche directement le Québec?

    La redéfinition de l’État territorial…

    Le rôle accentué du commerce international et des grandes entreprises a pour conséquence de reléguer au second plan la place accordée à l’État en général. Évidemment, l’État, autrefois acteur majeur des relations internationales, est aujourd’hui aux prises avec une désintégration de son rôle traditionnel. Ceci demeure d’autant plus visible au sein des grands États comme le Canada qui voient leur pouvoir réel (régulation monétaire, politique économique et protection sociale) diminuer au profit d’appartenances nouvelles. Afin de contrer un tel phénomène et d’asseoir leur autorité légitime, ces grands États s’investissent dans des mesures centralisatrices. Les resserrements exercés autour des États dits subnationaux, comme le Québec, obligent également à en redéfinir (ou à réaffirmer) les paramètres.

    Que doit faire le Québec dans ce contexte? Plusieurs choix s’offrent à lui : participer activement à cette mondialisation des échanges en contractant lui-même avec des partenaires étrangers? Plier l’échine sous le poids du Gouvernement fédéral? Se mobiliser pour accéder à la souveraineté? Forcer une réforme du système fédéral? Les fondements du nationalisme québécois sont-ils, avec ce contexte, devenus caducs? Peuvent-ils justement évoluer dans le même sens? Y a-t-il un espace pour une forme de nationalisme circonscrit dans un cadre d’accords économiques supranationaux comme l’ALÉNA ou l’éventuelle ZLÉA? Toutes ces interrogations nous ramènent à la question de la pertinence des mouvements nationaux dans un contexte de mondialisation, de transnationalisations et de supranationalisations. En effet, une situation paradoxale émerge ici, déchirée entre les tendances universalistes et les replis identitaires. Les exemples d’intégrations continentales sont de plus en plus fréquents : par exemple, l’expérience du marché commun européen, avec, de surcroît, une monnaie commune, pose des variables nouvelles sur lesquelles évaluer le Québec de demain.

    La distinction culturelle

    La mondialisation ne fait pas que multiplier les flux économiques : elle permet également une diffusion accrue d’informations diverses dont font partie les produits culturels comme la musique et le cinéma. Les gigantesques conglomérats AOL Time Warner, Sony, Alliance Atlantis Vivafilm (pour ne nommer qu’eux) possèdent une longueur d’avance pour assurer la diffusion de la culture de masse. Dans un tel contexte, la préservation de la culture francophone et québécoise reste un défi important. En revanche, il semble désormais possible d’intégrer cette culture de masse pour des Québécois (pensons à Céline Dion, au film Les invasions barbares de Denys Arcand, aux comédies musicales de Luc Plamondon ou même aux très controversés Reality Shows) et d’user de ce moyen pour assurer la pérennité d’une certaine forme « nationale » d’art. Il s’agit ici d’un phénomène récent qui démontre bien l’envol du Québec au plan international. S’agit-il d’une dilution dans le bain de la culture de masse américanisée ou plutôt d’un médium extrêmement puissant pour affirmer sa distinction culturelle?

    Cependant, cette affirmation de la distinction culturelle doit également prendre en compte, à l’intérieur même du territoire québécois, des influences toujours grandissantes du multiculturalisme. Ainsi, le Québec reste aux prises avec des obligations inclusives face à cette multitude d’influences extérieures, d’une part, mais également avec des mesures de protection de sa langue. D’autres États occidentaux se heurtent aujourd’hui aux difficultés de l’arrimage entre les spécificités religio-culturelles de minorités ethniques et les politiques universalistes étatiques. Il est donc à prévoir que de tels débats, même s’ils seront d’ordres différents, viendront éventuellement confronter les acquis de l’exception culturelle québécoise.

    Le contexte actuel pose donc des problèmes criants et des enjeux sur lesquels il importe de statuer rapidement, compte tenu de la rapidité avec laquelle les décisions, tant aux plans national qu’international, sont désormais prises. L’Institut de recherche sur le Québec considère donc cette situation comme critique et, ainsi, projette de se pencher plus longuement sur certaines des questions soulevées ci-dessus. La mondialisation soulève de multiples interrogations quant au futur à envisager pour la nation québécoise. Nous avons tenté ici d’en élaborer un portrait très vaste en insistant sur des points à la fois généraux et névralgiques. Il doit cependant être noté que cela ne constitue qu’une brève initiation à un projet toujours en construction.

    Notes

    1 HERMET, Guy, et al., Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, Paris, A.Colin, 2001.

    2 Gouvernement du Canada, "Mondialisation", in Site du Ministère des Finances, [en ligne]. http://www.fin.gc.ca/gloss/gloss-m_f.html#mondialisation (page consultée le 22 mars 2004)

    Bibliographie suggérée

    • PAQUIN, Stéphane, Les nouvelles relations internationales : le Québec en comparaison , "Bulletin d’histoire politique", vol. 10, no. 1, Montréal, 2001.

    Le Bulletin d’histoire politique constitue la publication trimestrielle de l’Association québécoise d’histoire politique et demeure, à ce titre, une référence pertinente quant à la vision québécoise de différents enjeux sociaux. Ce numéro, paru à titre de numéro spécial, se penche tout particulièrement sur le thème des mouvements nationalistes dans un contexte de mondialisation.

    • PAQUIN, Stéphane, Les nouvelles relations internationales et la paradiplomatie identitaire, "Bulletin d'histoire politique", vol. 10, no. 1, Montréal, 2001.

    L'auteur insiste sur les effets engendrés par la collaboration économique entre États. Pour lui, cette insertion au marché mondial est bénéfique pour les petits États car, à cause des interdépendances, les échanges leurs sont profitables. Paquin admet d’emblée que le contexte de mondialisation favorise la désintégration des grands États mais affirme, en outre, que cela s’effectue au contact des mobilisations sociales de nature culturelle. Ainsi, les relations de domination, caractéristiques du Canada, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne seraient des constructions politiques moins puissantes que les affinités culturelles laissant un espace pour la consolidation de nationalismes libre-échangistes.

    • CHARRON, Daniel, Le libre-échange pour contrôler le risque : l’ALÉNA et l’indépendantisme au Québec, Bulletin d'histoire politique, vol. 10, no. 1, Montréal, 2001.

    Cet auteur traite du paradoxe existant au sein de la sphère politique québécoise entre, d’un côté, les volontés souverainistes et, de l’autre, celles de l’intégration continentale. Il note, à cet effet, que la volonté de participation à un espace économique intégré réduirait les coûts d’une éventuelle indépendance politique par la présence d’accords fixant à l’avance les paramètres des échanges. L’auteur ajoute qu’il s’agit ici d’une stratégie d’enrichissement afin de doter le Québec de moyens, ayant force de loi, pour faire partie du groupe même dans un cadre politique indépendant. L’article établit également un rappel de la situation avant la signature de l’ALÉNA.

    • PAQUIN, Stéphane, Les relations internationales du Québec et l’unité nationale : le prolongement national des conflits internes?, Bulletin d'histoire politique, vol. 10, no. 1, Montréal, 2001.

    Cet article introduit le lecteur au contexte dans lequel se retrouve le Québec lorsque ce dernier pose, outremer, le défi de sa spécificité culturelle. L’auteur insiste sur les liens particuliers qui unissent le Québec à la France et au reste de la francophonie et sur les difficultés qui peuvent être engendrées par les relations internationales menées, quant à elles, par le gouvernement canadien. Ainsi, il affirme que les enjeux intérieurs problématiques entre le Québec et le Canada se répercutent souvent et ce, de la même façon, sur la scène extérieure.

    • PARIZEAU, Jacques, Le Québec et la mondialisation : une bouteille à la mer?, VLB éditeur, Montréal, 1998.

    Économiste de formation, Jacques Parizeau s’est souvent penché sur le cas de la mondialisation. Ce court texte vise à mettre en relief toute l’importance de la souveraineté dans un contexte où la suppression des frontières amène la diffusion d'une forme de culture "universelle ". Parizeau atteste de la capacité des petits pays à profiter des accords de libre-échange, notamment celle du Québec, privilégié par sa proximité géographique avec les Etats-Unis. Le texte établit un bref retour sur les mouvements d’intégrations continentales (GATT, marché commun d’Europe, ALÉNA, MERCOSUR, ZLÉA) pour ensuite exposer où l’intérêt national devient plus important que la libéralisation totale des échanges. Il condamne le repli identitaire à l’ère de la mondialisation et prône davantage une approche d’ouverture.

    • LECLERC, Yvon et Claude BÉLAND, La voie citoyenne : pour renouveler le modèle québécois, Éditions Plurimédia Montréal, 2003.

    Écrit par des membres pluridisciplinaires de la Chaire Économie et Humanisme, cet ouvrage présente une analyse des enjeux sur lesquels le modèle québécois doit se renouveler à l’ère de la mondialisation. Plusieurs axes sont ici observés tels que la conception du territoire par la redéfinition du rôle des régions, la perception du milieu (urbanisation, déclin démographique, exode des jeunes), les enjeux culturels (multiculturalisme, coexistence ethnique) et la dimension économique. Cette dernière y est évaluée sur la base de la diffusion du savoir et des perceptions relationnelles. On y aborde les principes de gouvernance, des interdépendances locales-mondiales, de la société civile, de la réorganisation de la production et de l’emploi.

    • MAUGEY, Axel, De la Francophonie québécoise à la Francophilie internationale, Humanitas, Montréal, 2001.

    Cet essai d’Axel Maugey trace un portrait de l’influence qu’a eue l’expérience du Québec dans l’exercice de ré-appropriation de sa culture linguistique sur les autres pays membres de la Francophonie. L’auteur affirme que ce succès est en partie dû à l’apport des millionnaires de langue française du Québec qui, tout en intégrant les marchés nord-américains, ont également promu leur bagage culturel. L’apport des grandes entreprises comme Power Corporation, Lévêque-Beaubien, SNC Lavalin ou Bombardier auraient contribué, selon l'auteur, à défendre le fait français en Amérique et dans le monde.

    • MAUGEY, Axel, L’avenir du français dans le monde, Humanitas, Montréal, 2002.

    Cet ouvrage s’intéresse à l’état du français dans le monde et constate le rôle prédominant qu’a pris le Québec, depuis la Révolution tranquille, dans la reconquête linguistique. L’auteur attribue les mesures de protection de la langue et le rattrapage économique pour expliquer le maintien de sa spécificité culturelle. Il s’interroge cependant sur les niveaux de langage utilisés par une partie de sa population qui créeraient la détérioration de l’espace linguistique commun alors que les relations avec le voisin états-unien demeurent intenses.

    Liens utiles

    Ministère des Relations internationales du Québec
    http://www.mri.gouv.qc.ca/

    Organisation des États américains
    http://www.oas.org/

    Organisation mondiale du commerce
    http://www.wto.org

    Centre interdisciplinaire de Recherche sur la paix et d’Études stratégiques
    http://www.ehess.fr/cirpes

    Centre des médias alternatifs du Québec
    http://www.cmaq.net/

    Alternatives
    http://www.alternatives.ca/

    L’Action nationale
    http://www.action-nationale.qc.ca/

    Monde diplomatique
    http://www.monde-diplomatique.fr/

    Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie
    http://www.chaire-mcd.ca/

    Admiroutes Sciences, techniques et démocratie
    http://www.admiroutes.asso.fr/

    ATTAQ-Québec
    www.quebec.attac.org

    Fédération des femmes du Québec
    http://www.ffq.qc.ca/

    Carrefour Tiers-monde
    http://www.carrefour-tiers-monde.org/

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