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    jeudi
    avr.152004

    La question du développement durable au Québec

    Concept flou, utilisé selon l’intérêt ou les besoins, le développement durable couvre une vaste réalité. Dans un pays aux nombreuses richesses naturelles comme le Québec, une gestion responsable des ressources intégrant les réalités socio-économiques peut s’avérer une voie à emprunter afin de répondre à des enjeux de façon éthique et durable.

    Comment cette idée de développement durable a émergée?

    Différentes étapes historiques ont conduit au déploiement du concept.

    Le Club de Rome a commencé à susciter la réflexion par la publication en 1972 d’un rapport intitulé Halte à la croissance et qui prônait l’arrêt du développement économique et scientifique étant donné les dangers que présentaient la pollution, l’épuisement des ressources et la surexploitation de la nature.

    Par la suite, la déclaration de la conférence de Stockholm en 1972, organisée par les Nations Unies, affirme qu’il est impérieux de mettre en oeuvre des stratégies d’écodéveloppement, notion qui sera bannie du vocabulaire international sous la pression des États-Unis. Toutefois, l’idée véhiculée par ce terme, soit celle d’envisager un développement prenant en compte les intérêts économiques mais aussi les considérations environnementales et sociales, deviendra de plus en plus populaire. Apparu la première fois en français en 1980 dans un document intitulé Stratégie mondiale de la conservation de l’Union internationale de la conservation de la nature, l’expression « développement durable » a émergé et a pris forme.

    Le rapport Burtdland, nommé aussi Notre avenir à tous, commandé par les Nations Unies en 1987, s’oppose aux idées véhiculées par le Club de Rome et prône une nouvelle ère de croissance économique basée sur une utilisation responsable des ressources. En effet, on incite les États à prendre une nouvelle voie de développement afin de : « répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations futures de satisfaire les leurs »1.

    Le Sommet de Rio en 1992 solidifie cette conception par l’adoption de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement et d’un ensemble de propositions contenues dans l’Agenda 21.

    Enfin, la plus récente rencontre mondiale sur le développement durable, le Sommet de Johannesburg en 2002, a connu un succès mitigé. Plusieurs pays du Sud ont profité de cette tribune pour revendiquer des mesures à la lutte à la pauvreté, ce qui a amené de grands groupes écologistes internationaux à manifester de l'insatisfaction. Toutefois, cette situation démontre bien que la question du développement durable soulève des implications plus vastes que l’écologie.

    Les défis majeurs auxquels doit répondre le développement durable, selon Pierre Chassende, sont les suivants : la surexploitation de certaines ressources naturelles (forêts), la capacité de moins en moins grande de la terre d’absorber les déchets, les effets de la pollution sur la santé (phénomène de smog, eau impropre à la consommation dans certaines régions), la cohésion sociale remise en cause par les écarts socio-économiques et la fracture profonde entre le Nord et le Sud. Un autre défi incontournable est celui de la démographie mondiale et des effets de ces prévisions sur la gestion des ressources : il y a présentement 6 milliards d’humains et environ 10 milliards sont prévus pour 21002.

    Qu’est que le développement durable?

    N’étant souvent utilisé que dans une perspective environnementale, le développement durable répond à une approche globale et vise à concilier la sphère sociale, l’économie et l’environnement. Pour Claude Villeneuve, biologiste et spécialiste en sciences de l’environnement, le développement durable est « une hypothèse à prendre et les options à considérer pour qu’un projet, une politique ou une action soient susceptibles d’améliorer les conditions de vie d’un groupe donné tout en préservant les options de développement de la population terrestre actuelle et future »3.

    Les principes du développement durable

    Le développement durable propose des changements majeurs dans la prise de décision. Le principe de participation est basé sur l’idée de favoriser la participation des citoyens, d’enrichir ces projets par les connaissances et les expériences des gens du terrain et de faciliter leur réalisation dans une perspective de concertation, de négociation et de médiation. Aussi, le principe de l’éthique vise à instaurer une gestion responsable des ressources pour les populations présentes et futures.

    Un autre principe important est celui du pollueur-payeur. Cette approche économique du développement durable fait partie de la Déclaration de Rio et s’énonce ainsi : « Les autorités nationales devraient s’efforcer de promouvoir l’internalisation des coûts de protection de l’environnement et d’utilisation d’instruments économiques en vertu du principe selon lequel c’est le pollueur qui doit, en principe, assumer le coût de la pollution, dans le souci de l’intérêt public et sans fausser le jeu du commerce international et de l’investissement ».

    Loin de mettre de coté le progrès technique, le développement durable vise à mobiliser la science au service du développement durable par des moyens innovateurs de protection de l’environnement et de consommation responsable. L’objectif est donc de protéger la biodiversité et la socio-diversité.

    Les indicateurs de développement durable

    De façon générale, les grandes caractéristiques utilisées afin d’évaluer le degré de considération du développement durable d’un projet sont les suivantes : les flux des richesses et de pollution (ex. production de biens et de services, la mobilité des personnes et des marchandises), la constitution des capitaux (l’accroissement du capital économique, le patrimoine naturel, l’éducation, la formation et la recherche), les besoins des générations futures (les technologies disponibles, l’évolution de la consommation, l’éco-efficacité de la consommation), les besoins des générations présentes (précarité, inégalités sociales, lien social)4.

    Les implications du développement durable pour Québec

    Le développement local durable et l’écotourisme en réponse aux problématiques des régions

    Le développement durable peut être une solution viable pour des enjeux québécois d’actualité, comme par exemple, dans le cas du développement régional. Les différentes régions du Québec sont de plus en plus confrontées à un exode des jeunes vers la métropole et à un dépérissement des municipalités. L’industrie touristique s’est de plus en plus développée au cours des vingt dernières années et l’écotourisme s’avère être une piste de solution intéressante pour revitaliser, de façon éthique et durable, les régions québécoises.

    On peut définir l’écotourisme comme étant une façon de « contribuer à l’amélioration des conditions et à la qualité de vie des communautés dans lesquelles le développement se réalise »5. Certaines régions bénéficient peu des effets de certains projets touristiques ou n’en subissent que des conséquences négatives. Mais un projet écotouristique basé sur une perspective de développement local durable peut permettre d’augmenter les retombées économiques, tout en impliquant les membres de la communauté dans le processus décisionnel et en considérant les ressources naturelles. Un projet écotouristique permettra aussi de procurer des emplois aux résidents. Une telle approche est endogène, c’est-à-dire qu’elle valorise les initiatives locales et les collectivités sont appelées à participer au développement durable sur une base partenariale. Aussi, cette procédure permet de créer un sentiment d’appartenance, élément essentiel à l’investissement humain et financier pour la revitalisation des régions. Le développement local durable est une réponse pertinente à l’exode rural des jeunes et au dépeuplement des régions.

    Ainsi, le rôle de l’État québécois est, d’une part, de sensibiliser les lieux décisionnels régionaux et municipaux aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux. D’autre part, il a pour mandat de légiférer en matière environnementale et de mettre en place des modes de gestion basés sur le développement durable des ressources renouvelables et non-renouvelables. Il doit voir aussi à instaurer un plan environnemental global permettant l’atteinte d’objectifs pour le Québec.

    Les effets du dédoublement des compétences

    Il est possible de constater que, dans le contexte du fédéralisme, les plans de développement environnementaux que se donne le Québec sont entravés par ceux du gouvernement fédéral. En effet, les entreprises privées sont souvent obligées de répondre à des exigences provenant des gouvernements fédéral et provincial. Les juridictions et les exigences étant différentes, les entrepreneurs font faces à une absence totale de vision globale en matière d’environnement. Par exemple, dans les années 1990 en Mauricie, le gouvernement du Québec avait mis sur pied un programme de réduction des rejets industriels (PRRI) qui avait pour but d’éliminer les charges majeures de polluants rejetés dans l’eau, l’air et sur le sol par les grandes entreprises de la région. Durant la même année, le gouvernement fédéral instaurait un plan d’intervention, nommé plan Saint-Laurent, sans même tenir compte du PRRI. Les incohérences sont majeures : d’une part, par son plan, le fédéral ne priorise que l’eau alors que le plan du gouvernement québécois avait une vision plus complète : eau, air, sol. Ensuite, des entreprises visées par le plan provincial seront exclues du plan fédéral sans considération pour le niveau de pollution émis. Ainsi, par le Plan Saint-Laurent, le gouvernement fédéral a mis le gouvernement québécois dans une situation où il a dû modifier les objectifs du PRRI.

    Le développement durable peut aussi s’appliquer à d’autres secteurs : gestion des ressources naturelles (forêts, eau), l’agriculture durable, les transports écologiques, la protection du patrimoine écologique et de la biodiversité, la conservation de la faune, l’investissement social responsable (fonds d’éthique, commerce équitable). Que ce soit par les controverses liées à l’industrie porcine, l’utilisation des engrais et des pesticides en agriculture, la gestion des forêts par les grandes entreprises forestières ou encore les choix énergétiques d’avenir pour le Québec, tel le Suroît, le Québec est confronté à des décisions collectives. Tel qu’énoncé précédemment sur la question de la revitalisation des régions, le développement local durable peut être une piste de solution éthique, responsable et durable pour répondre à des problématiques québécoises. Encore faut-il que l’État québécois soit en mesure de réaliser ses choix de société sans subir les entraves du gouvernement fédéral et les conséquences du dédoublement des compétences. 

    1 Extrait du rapport de la commission Burtland, cité par Développement économique Canada pour les régions du Québec, [en ligne] http://www.dec-ced.gc.ca/Complements/Publications/Strategie-FR/SDD_2003-2006_fr.pdf?action=click&pid=PDF&uid=SiteWeb, (page consultée le 29 mars 2004)

    2 CHASENDE, Pierre, Développement durable, pourquoi? Comment?, Éditions Édisud, Aix-en-Provence, 2002, p. 11.

    3 VILLENEUVE, Claude, La recherche pour le développement durable, [en ligne] Site de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie, http://www.iepf.org/docs/lef/IEPFLEF61.pdf, (page consultée le 29 mars 2004)

    4 Grandes thématiques proposés par François Lavarlet, dans Les indicateurs du développement durable : Méthodes et perspectives. Ouvrage cité par CHASENDE, Pierre, Développement durable, pourquoi? Comment?, Éditions Édisud, Aix-en-Provence, 2002, 89-90.

    5 LEQUIN, Marie, Écotourisme et gouvernance participative, Presses de l’Université du Québec, Québec, 2000, p. 41

    Bibliographie commentée

    • CHASENDE, Pierre, Développement durable, pourquoi? Comment?, Éditions Édisud, Aix-en-Provence, 2002.

    Dans cet ouvrage, l’auteur offre une revue accessible à tous des différents concepts, théories et courants du développement durable afin de comprendre cette idée et d’envisager les différentes façons de la mettre en application. L’approche est donc pragmatique et cherche, non pas à proposer une nouvelle théorie mais, à passer à l’action par des actions citoyennes et des décisions publiques, nationales et internationales. Aussi, un retour est effectué sur les étapes historiques majeures ayant conduit au développement du concept. De plus, une évaluation des différents principes au fondement du développement durable est proposée : principe de précaution, de participation, de l’évaluation environnementale et du polleur-payeur. Enfin, l’auteur interroge les différentes avenues de raisonnement du développement durable.

    • LEQUIN, Marie, Écotourisme et gouvernance participative, Presses de l’Université du Québec, Québec, 2000.

    Le tourisme étant une activité économique de plus en plus importante, l’auteure s’interroge sur les effets ainsi que sur les façons d’envisager le tourisme dans une perspective de développement durable. Elle vise donc à explorer les moyens de concilier intérêts économiques, équilibre environnemental et réalités sociales. La réflexion est approfondie sur le processus de mise en place d’un projet écotouristique participant au développement régional par une approche de concertation avec les différents acteurs du milieu. Enfin, l’auteur met en application ces différents concepts en analysant l’implantation du Parc marin Saguenay-Saint-Laurent.

    • SÉBASTIEN, Léa, BRODHAG, Christian, "A la recherche de la dimension sociale du développement durable" in Site de Revue Développement Durable et Territoires, dossier 3 "Les dimensions humaine et sociale du développement durable", [en ligne] http://www.revue-ddt.org/dossier003/D003_A02.htm (page consultée le 30 mars 2004)

    « Au sens le plus large, le développement soutenable vise à favoriser un état d’harmonie entre les êtres humains et entre l’homme et la nature (CMED, 1988). Mais si les études portant sur les rapports entre l’homme et la nature s’accumulent, celles portant sur l’harmonie entre êtres humains trouvent encore assez peu d’échos. À l’échelle territoriale, comment faire valoir cette harmonie sociale? Après quelques rappels théoriques sur les notions de développement durable, de négociation et conservation, la dernière partie est consacrée à la présentation de l’acteur en 4 dimensions (4D), une proposition méthodologique qui vise à faciliter une démarche de gestion à la fois intégrée et participative des ressources naturelles. »  

    Autres ouvrages suggérés

    • BÉGIN, Marthe, (éd.), Sustainable forest management : a commitment for the future, Ministère des ressources naturelles, Québec, 1999.
    • Conseil de la science et de la technologie, Innovation et développement durable : les actes du colloque, Sainte-Foy, 2002.
    • GENDRON, Corinne, Jean-Guy VAILLANCOURT, (dir.) L’énergie au Québec : quels sont nos choix?, Écosociété, Montréal, 1998.
    • GENDRON, Corinne, PROVOST, Michel (éd.), Entreprise en développement durable, opérationnaliser le développement durable au sein de l'entreprise : actes du colloque tenu le 26 mai 95 à l'Université du Québec à Chicoutimi dans le cadre du 63e Congrès de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, ACFAS, Montréal, 1996.
    • PRADES, José, TESSIER, Robert, VAILLANCOURT, Jean-Guy, (dir.) Instituer le développement durable : Éthique de l’écodécision et sociologie de l’environnement, Fides, Québec, 1994. 

    Sites internet suggérés

    Internationaux

    Échos du développement durable :
    http://www.developpement-durable.net

    Encyclopédie de l’Agora, Dossier sur le développement durable :
    http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Developpement_durable

    Le site francophone du développement durable :
    http://www.agora21.org/

    Revue Développement durable et Territoires :
    http://www.revue-ddt.org/dossier001/D001_index.htm

    Québec

    Centre Québécois du développement durable
    http://www.cqdd.qc.ca/

    Écoroute de l’information :
    http://ecoroute.uqcn.qc.ca/
    (Ce site regroupe la très grande majorité des sites de groupes environnementalistes sur le web.)

    Fonds d’action québécois pour le développement durable :
    http://www.faqdd.qc.ca/

    Fonds d'innovations de développement durable

    http://www.gov.mb.ca/conservation/pollutionprevention/index.html?

    Journal Le Devoir, Dossier sur le développement durable :
    http://www.ledevoir.com/dossiers/244/

    Observatoire sur le développement durable :
    http://www.usherbrooke.ca/environnement/recherche/observatoire.html

    Québec’Ère
    http://www.quebec-ere.org/ere.fra.html

    Regroupement québécois des groupes environnementalistes
    http://www.rqge.qc.ca/index.htm

    Protection de l’eau

    Association québécoise pour un contrat mondial de l’eau
    http://www.manifesteau.qc.ca/

    Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau
    http://www.eausecours.org/

    Protection des arbres

    Société de l’arbre du Québec
    http://www.sodaq.qc.ca/

    Union québécoise pour la conservation de la nature
    http://www.auxarbrescitoyens.com/article.php?id_article=0004

    Choix énergétiques durables

    École des énergies alternatives du Québec
    http://www.eeaq.ca/

    Énergie solaire Québec
    http://www.esq.qc.ca/

    Éole
    http://www.eole.org/

    Réseau canadien des énergies renouvelables
    http://www.rescer.gc.ca/

    Société d’énergie solaire du Canada
    http://www.solarenergysociety.ca/2003/index.asp