Le Québec otage de ses alliés, Les relations du Québec avec la France et les États-Unis, ouvrage de Anne Légaré
Dans cet ouvrage, Anne Légaré, professeure de science politique à l’Université du Québec à Montréal, offre un regard nouveau sur les relations internationales qu’entretient le Québec avec les États-Unis et la France. Riche de ses expériences de représentante du Québec à Washington, de déléguée à Boston pour les six États de la Nouvelle-Angleterre et de codirectrice du Centre de coopération interuniversitaire franco-québécois, l’auteure illustre ses analyses sur les rapports américano-québécois et franco-québécois par des observations faites durant ses différents mandats. Postulant que le Québec est à la fois l’otage des États-Unis et de la France concernant les relations internationales, l’auteur constate que cette province qui aspire à être un pays se retrouve au confluent géographique de deux continents, de deux cultures, et au niveau politique de deux rapports de force stratégiques motivés par des intérêts parfois fort divergents.
Dans un contexte mondial d’intégration politique et économique, les orientations nationales des politiques étrangères revêtent une importance majeure. Dans un premier temps, Anne Légaré rappelle les intérêts américains face à l’unité canadienne et analyse les moyens qui ont été utilisés avant et après la période référendaire. Afin d’assurer la stabilité et la paix sur le continent nord-américain, les États-Unis favorisent le statu quo canadien. Vu comme une source d’affaiblissement des alliances canado-américaines en matière d’économie et de sécurité, le gouvernement états-unien utilisera différentes stratégies afin de rendre impossible la souveraineté du Québec. La persuasion, la dissuasion, le quadrillage, le blocage et le brouillage seront autant de tactiques utilisées contre l’action diplomatique québécoise et pointées par l’auteure comme des obstacles. Aussi, la thèse de l’ethnicisme québécois sera utilisé afin de discréditer l’option souverainiste.
Par la suite, l’auteure constate que les relations internationales du Québec se teintent d’une distanciation des valeurs françaises et d’une adhésion de plus en plus marquée à l’américanité. Ce mythe, qualifié d’idéologie de compensation, est analysé en relation avec les différentes composantes de l’identité québécoise. Autre allié potentiel majeur dans la reconnaissance internationale du Québec est la France. Trop souvent vu comme un partenaire inconditionnel, les rapports franco-québécois sont questionnés à la lumière des intérêts français envers le Cananda. L’auteure constate que le Québec est considéré comme un sujet indirect dans les relations franco-canadiennes. D’une part, parce que les intérêts commerciaux entre les deux pays sont importants et, d’autre part, parce que le gouvernement français a intérêt à ce que le Québec se trouve au sein du Canada afin que ce dernier soit un allié nord-américain dans la promotion de dossiers, tels que la diversité culturelle. En conclusion, l’auteure complète son analyse en décrivant l’énoncé de politique internationale pour la période 2001-2004 et propose différentes pistes de réflexion de ce que devrait être une politique internationale globale pour un Québec souverain.
Ainsi, cet ouvrage vise à porter un regard lucide et critique sur la situation internationale actuelle et à rappeler aux militants souverainistes souvent trop confiants en de potentiels alliés que le réalisme est de mise dans la compréhension des relations internationales pour l’accession à l’indépendance du Québec.
LÉGARÉ, Anne, Le Québec otage de ses alliés, Les relations du Québec avec la France et les États-Unis, VLB Éditeur, Montréal, 2003.

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